Kinésithérapie et prévention des pertes d’amplitudes et des douleurs de l’épaule après chirurgie du cancer du sein
Thierry Marc a, Jean-Claude Ferrandez b
Résumé :
Avec près de 60 000 nouveaux cas annuels, le nombre de patientes ayant une chirurgie pour cancer du sein est en constante augmentation. Leur qualité de vie est souvent altérée par des douleurs et des raideurs de l’épaule engendrant des incapacités. Le diagnostic kinésithérapique permet de déterminer l’origine et la cause de ces douleurs et de ces raideurs.
Dans la phase postopératoire, la connaissance des complications (lymphocèle, cicatrices, cordes lymphatiques, lésion du nerf intercosto-brachial et mécanosensibilité neurologique du membre supérieur) est indispensable pour les dépister les complications et adapter le programme et les techniques de rééducation en utilisant des techniques lymphologiques de drainage et de mobilisations neuroméningées.
Le type de chirurgie et les traitements complémentaires obligent aussi à adapter les protocoles thérapeutiques.
Les raideurs d’épaule, présentes dans 40 % des cas, sont souvent associées à des douleurs de l’espace sous-acromial.
La compréhension des différents mécanismes physiopathologiques est essentielle pour mettre en place un protocole adapté aux différents types et causes de raideurs (musculaire, aponévrotique, capsulaire, perturbation de la cinématique articulaire, phobique, etc.).
Le protocole Concept Global d’Épaule (CGE) utilisant au départ des mobilisations passives non forcées permet de récupérer les amplitudes de flexion, abduction, et rotation latérale.
Une phase de rééquilibration musculaire permet de stabiliser le fonctionnement.
Le programme d’auto-rééducation, débuté précocement, est incrémenté en fonction de l’évolution du bilan et longtemps poursuivi.
La phase de renforcement, adaptée à chaque patiente, facilite la reprise des activités physiques, sportives et du travail gage de qualité de vie et de bon résultat à long terme.
Introduction :
La population des femmes opérées du cancer du sein est en augmentation grâce au dépistage précoce et à l’amélioration des stratégies de traitement qui font que les chances de survie peuvent aller jusqu’à 90 % pour un cancer de Stade I-II [1].
À ce jour, les traitements chirurgicaux sont moins agressifs pour le système lymphatique [2], [3], diminuant ainsi le risque de lymphœdème [4].
Trois problèmes sont susceptibles d’altérer la qualité de vie : la douleur, la raideur et la perte de force. Une douleur dans le quadrant supérieur homolatéral au sein opéré explique plus de 60 % du handicap de ce membre [2].
La présence de raideurs varie de 22 % (14 % à 43 %) [5] à 40 % [6] en fonction des critères retenus pour définir la raideur et du type de chirurgie réalisée.
Le type de chirurgie, le type de reconstruction et les traitements complémentaires influencent également la récupération et les incapacités du membre supérieur [7], [8], [9].
Enfin la perte de force, comme la raideur, limitent la reprise du travail [2].
Alors que seule l’atteinte du grand pectoral par la radiothérapie est susceptible d’affecter le fonctionnement de l’épaule, des dysfonctionnements apparaissent à cause de l’abord chirurgical de la région et de la sous-utilisation de l’épaule pendant la phase postopératoire.
Le kinésithérapeute doit avoir une double compétence : la maîtrise de la prise en charge après chirurgie du sein (avec ces complications) et la maîtrise de la rééducation de l’épaule.
L’objectif de ce travail est de montrer dans un premier temps, comment, grâce à un diagnostic kinésithérapique précis et adapté, le kinésithérapeute peut contrôler les complications postopératoires.
Dans un deuxième temps, de déterminer la cause des douleurs et des raideurs pour mettre en place une rééducation adaptée pour redonner une épaule indolore et parfaitement fonctionnelle permettant la reprise d’une vie normale, avec des activités physiques dans de bonnes conditions.
Conclusion :
Le traitement kinésithérapique de l’épaule après cancer du sein devrait débuter par des bilans réalisés dès la phase préopératoire.
Lors des tests, la moindre douleur ou perte d’amplitude doit déclencher une prise en charge rééducative spécifique.
Le programme doit s’adapter à chaque patiente, au traitement chirurgical réalisé, aux chimiothérapies, à la radio-thérapie et à la date de ces traitements.
Ils ont des conséquences locales et générales qui nécessitent d’adapter le traitement.
