Efficacité de la kinésithérapie dans le traitement de l’arthrose
Tim Schleimer, Florian Teichert, Marius Henriksen, Rebekka Doeding, Tiziano Innocenti, Helena Brisby, Matthias C Klotz, Marianne Korinth, Patrick J Owen, Dawid Pieper, Daniel L Belavy
L’exercice est-il vraiment efficace contre l’arthrose ?
L’exercice thérapeutique est aujourd’hui considéré comme l’un des piliers de la prise en charge conservatrice de l’arthrose.
Renforcement musculaire, activité aérobie, mobilité, travail fonctionnel…
Ces interventions sont régulièrement proposées pour diminuer la douleur et améliorer les capacités physiques.
Mais une publication récente vient remettre en question l’ampleur réelle de leurs effets.
Une vaste synthèse des données disponibles
Publiée en 2026 dans RMD Open, l’étude de Schleimer et collaborateurs rassemble cinq revues systématiques portant sur 8 631 participants, complétées par 28 essais contrôlés randomisés incluant 4 360 patients.
Les auteurs ont étudié les effets de l’exercice thérapeutique sur deux critères particulièrement importants en pratique clinique :
- la douleur
- la fonction physique
Les résultats concernent principalement l’arthrose du genou, mais également l’arthrose de la hanche, de la main et, dans une moindre mesure, de la cheville.
Des bénéfices plus modestes qu’attendu
Pour l’arthrose du genou, l’exercice semble produire une légère amélioration de la douleur et de la fonction à court terme lorsqu’il est comparé à l’absence de traitement.
Cependant, ces bénéfices diminuent lorsque les chercheurs prennent uniquement en compte les études de plus grande taille ou les suivis à plus long terme.
Pour l’arthrose de la hanche, les effets observés sur la douleur et la fonction apparaissent faibles, voire négligeables.
Dans l’arthrose de la main, une légère réduction de la douleur est retrouvée à court terme, sans amélioration importante de la fonction.
Autrement dit, l’exercice peut aider certains patients, mais son efficacité moyenne semble souvent : faible, temporaire et variable d’une personne à l’autre.
Faut-il alors arrêter de prescrire des exercices ?
Certainement pas.
Cette étude ne conclut pas que l’exercice est inutile.
Elle remet surtout en question sa promotion systématique comme réponse universelle à la douleur et aux limitations fonctionnelles liées à l’arthrose.
L’exercice conserve plusieurs avantages importants :
- il présente généralement peu de risques
- il permet d’entretenir la force, la mobilité et les capacités fonctionnelles
- il apporte des bénéfices cardiovasculaires, métaboliques et psychologiques
- il peut favoriser l’autonomie et la participation aux activités quotidiennes
- il reste relativement accessible et peu coûteux
Les auteurs soulignent d’ailleurs que l’exercice obtient des résultats globalement comparables à plusieurs autres traitements conservateurs.
Ce que cela change pour le kinésithérapeute
Cette publication nous invite surtout à revoir la manière dont nous présentons l’exercice aux patients.
Plutôt que de promettre une diminution importante et durable de la douleur, il semble plus pertinent de définir des objectifs individualisés :
- retrouver une activité devenue difficile
- préserver les capacités physiques
- améliorer la confiance dans le mouvement
- maintenir une activité régulière
- limiter le déconditionnement
- accompagner le patient dans la gestion à long terme de son arthrose
La réponse au traitement doit également être régulièrement réévaluée.
Lorsqu’un programme n’apporte aucune amélioration significative, augmenter indéfiniment la quantité d’exercices n’est pas nécessairement la meilleure solution.
La prise en charge doit rester fondée sur une décision partagée, tenant compte des préférences du patient, de ses comorbidités, de ses objectifs, du stade de son arthrose et des autres options thérapeutiques disponibles.
Une remise en question utile
L’exercice thérapeutique reste un outil essentiel de la kinésithérapie, mais il ne constitue pas une solution automatique ni suffisante pour tous les patients souffrant d’arthrose.
Cette étude rappelle une notion fondamentale de la pratique fondée sur les preuves : une intervention peut être recommandée, sûre et globalement bénéfique, tout en ayant un effet limité sur la douleur d’un patient donné.
La véritable question n’est donc peut-être plus : « L’exercice fonctionne-t-il dans l’arthrose ? »
Mais plutôt : « Pour quel patient, avec quel objectif, quel programme et pendant combien de temps l’exercice est-il réellement pertinent ? »
Référence scientifique
Schleimer T, Teichert F, Henriksen M, et al. Effectiveness of exercise therapy for osteoarthritis: an overview of systematic reviews and randomised controlled trials. RMD Open. 2026;12(1):e006275.
Chiffres :

Figure 1 : Schéma PRISMA (Preferred Reporting Items for Systematic Reviews and Meta-Analysis) modifié illustrant la revue systématique et le processus complémentaire de sélection des essais.
Cette synthèse a suivi une stratégie de recherche séquentielle : (1) identification des revues systématiques éligibles (encadrés 1 à 5), classées par ordre de priorité en fonction de l’exhaustivité, de l’actualité et de la pertinence des résultats rapportés ; et (2) recherches complémentaires d’essais contrôlés randomisés (encadrés 6 à 9) lorsque les revues incluses étaient incomplètes, nécessitaient une mise à jour ou ne traitaient pas de certains sous-types d’arthrose ou d’interventions de comparaison.
À l’étape 1, cinq revues ont été incluses, dont deux ont été jugées incomplètes (exercice physique vs placebo ; exercice physique pour l’arthrose de la main).
Aucune revue éligible n’a été identifiée concernant l’exercice physique dans le cadre de l’arthrose de la cheville ou de l’épaule, ni pour des comparaisons avec la thérapie manuelle, la pharmacothérapie ou la chirurgie, ce qui a conduit à l’étape 2, à savoir la recherche complémentaire d’essais cliniques primaires.

Figure 2 : Analyse principale et analyse de sensibilité (en limitant les analyses aux essais de grande envergure) pour le critère de jugement « douleur ».
Pour les comparaisons avec les méta-analyses, les moments où le nombre d’études est le plus élevé sont indiqués.
Pour les comparaisons avec uniquement des synthèses narratives ou des essais isolés, l’étude ou le moment présentant le plus grand nombre de participants est indiqué. La zone ombrée représente la zone des effets négligeables (−8 < DM < 8).

Figure 3 : Analyse principale et analyse de sensibilité (en limitant les analyses aux essais de grande envergure) pour le critère de jugement « fonction physique ».
Pour les comparaisons avec les méta-analyses, les moments où le nombre d’études est le plus élevé sont indiqués.
Pour les comparaisons avec uniquement des synthèses narratives ou des essais isolés, l’étude ou le moment présentant le plus grand nombre de participants est indiqué.
La zone ombrée représente la zone des effets négligeables (−8 < DM < 8).
